LA SÉPARATION

Il y a une chose à laquelle je n’ai jamais pu m’habituer, c’est la séparation! Et pourtant…

Traumatisée par la ou l’une des  premières, une angoisse me saisit seulement à l’idée de me séparer de ceux que j’aime… C’était début août,  j’avais 8 ans et je voulais passer une dizaine de jours  chez mon oncle et ma tante. Ils habitaient à environ 80 kilomètres de la maison. Nous étions partis en famille, quatre adultes et six enfants pour rejoindre ma famille d’accueil ( deux adultes et trois enfants) le temps des vacances.

Nous étions en pleine guerre d’Algérie. Ma surprise a été grande en arrivant chez eux.  L’immense cour où vivait mon oncle, était envahie de camions, de jeeps et de militaires. Ceux-ci étaient jeunes, même très jeunes. Toute la journée nous avons assisté à un défilé de véhicules chargés d’hommes et de matériels.

La journée en famille s’est  bien passée. Entre le repas, les jeux d’enfants et les rires d’adultes, l’heure du départ est vite arrivée. A ce moment précis, je ne me sens pas très bien. Maman me redemande « tu veux toujours rester »? Je n’ai pas voulu revenir sur ma décision tout en sentant que j’allais le regretter. Mon ventre se tortillait.

Nous nous disons au revoir, et lorsque je vois la voiture démarrer et s’éloigner je ne peux retenir mes larmes. J’aurais aimé crier « maman » mais je ne l’ai pas fait. Mes cousins ont tout fait pour me distraire et ils y sont arrivés.

Le lendemain je fais la connaissance de deux ou trois jeunes militaires venus de France que mon oncle et ma tante ont pris en affection. Je me souviens surtout de Stéphane, le chouchou de ma tante. Elle les maternait tous. Ils étaient si loin de leur famille.

Deux ou trois jours plus tard, en rentrant d’une ballade, nous montions l’escalier qui donnait accès à la maison quand soudain, des tirs de balles nous frôlèrent. J’entends encore leurs sifflements. Au même moment des détonations retentirent plus loin. Nous terminâmes notre ascension accroupis ou à quatre pattes. Heureusement pour nous, la rambarde était haute et en béton. Une fois rentrés dans la maison, nous sommes restés loin des fenêtres par peur des balles qui n’arrêtaient pas. Cette nuit-là, j’avais peur, je tremblais, je pensais à mes parents. Peut-être étaient-ils aussi en danger! Pourquoi suis-je restée ? Pourquoi mes parents m’ont-ils laissée ?

Le lendemain matin, alors que le calme était revenu, un gradé de l’armée est venu voir mon oncle et ma tante pour les informer de ce qu’il s’était passé la veille. Un de leur camion était tombé dans une embuscade. Les jeunes militaires ont été pris pour cible, et quatre sont décédés. Parmi eux se trouvait Stéphane, ce beau jeune homme de 20 ans que tous aimaient tant. Tout le monde se mit à pleurer…

Les jours passaient. Malgré l’actualité nous avons assisté à l’élection de la miss du village, autour d’une piscine. Nous allions visiter d’autres membres de la famille, des amis. Les adultes faisaient tout pour nous faire vivre normalement.

Retrouver mes parents au bout de dix jours a été une libération. C’est comme si rien ne pouvait plus m’arriver auprès d’eux. De là est née en moi la peur de la séparation.

 

2 commentaires sur “LA SÉPARATION

  1. Quelle terrible histoire.
    Ton enfant intérieur est puissant, il te permet sûrement de comprendre l’adulte que tu es devenue. C’est une chance que de pouvoir lui tenir la main.
    J’aime bien te lire Mary-Claude
    Pensées pour Stéphane
    Corinne

    J'aime

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