ENLÈVEMENT (1)

Je ne peux me résoudre à laisser mes souvenirs d’enfance de côté. J’ai besoin de vous raconter mon vécu. C’est bizarre mais un souvenir écrit en fait remonter un autre. C’est comme si je retrouvais à chaque fois une  pièce du puzzle de ma vie et que je la place au bon endroit.

Ce sont des histoires tristes,  mais malgré ça j’étais une enfant heureuse car j’avais l’essentiel, l’amour de mes parents. Lorsque vous êtes aimée, tout peut s’écrouler autour de vous, cette force c’est  la colonne vertébrale de votre mental.

Ma mère, orpheline depuis l’âge de 23 ans, avait une grande famille (oncles tantes cousins cousines). Son père était  d’une fratrie de 12 enfants.

Certains cousins et cousines à ma mère étaient plus jeunes que moi. Je les connaissais presque tous.

Un jour,  nous nous sommes rendus chez l’oncle Michel et la tante Louise car un drame horrible venait de les frapper. Ils avaient une fille aînée, Françoise,  2 garçons, Manuel et Abel, puis les jumelles, Juliette et Suzanne. elles devaient avoir 2 ou 3 ans de plus que moi.

Françoise était mariée, elle avait 25 ans et était enceinte de 5 mois. Ses parents étaient fiers d’elle et attendaient avec impatience l’arrivée de leur premier petit-enfant..

Un dimanche, alors qu’elle se rendait chez ses parents avec son époux et son beau-père, leur voiture est tombée dans une embuscade. Les rebelles ont tirés sur les pneus de la voiture pour l’immobiliser puis ont tiré à bout portant sur son mari et son beau-père. Françoise, elle, a été enlevée, enceinte de 5 mois.

Mes parents avaient assisté aux obsèques des 2 hommes.

L’oncle Michel était grand et robuste. Il était impressionnant, avec ses grands yeux et ses grandes mains. Mon coeur d’enfant a été touché en voyant cet homme costaud, brisé par ce qui lui arrivait. Il ne parlait que de sa fille et pleurait, pleurait. Sa femme, Louise, était extrêmement perturbée. Elle était aussi petite qu’il était grand, aussi agitée qu’il était abattu. On aurait dit qu’elle perdait la tête.

Était-elle en vie ? Où ? Dans quelles conditions ? Des questions sans réponses qui torturaient la famille. Est-ce que l’imaginaire dépassait la réalité ou bien le contraire ?

Les mois passaient et toujours aucune nouvelles de Françoise. Chaque visite chez ses parents était difficile tant l’ambiance était triste et oppressante. Ce dont je me souviens le plus, ce sont les larmes du grand-oncle. Il pleurait sans arrêt. C’était impressionnant pour moi. J’avais 6 ans.

Ce n’est qu’au bout de 18 mois que son corps ou ce qu’il en restait, a été trouvé dans un trou dans la montagne. On ne sait rien du bébé. A-t-elle accouché ? A-t-elle été tuée enceinte ? A-t-elle été violée, torturée ?

D’y penser encore aujourd’hui, je ressens les mêmes émotions, et les mêmes questions me reviennent.

Pour soulager les parents et changer les idées aux jumelles, je me souviens qu’elles venaient passer des vacances chez nous. Nous jouions beaucoup, chantions mais jamais nous ne parlions de leur grande soeur.

Depuis cet évènement tragique chaque fois que j’entends aux actualités que quelqu’un a été enlevé, enfant ou adulte, je sais à quel point c’est horrible à vivre pour la famille.

J’ai retrouvé les archives de cet évènement sur internet ce qui m’a permis d’en connaître la date exacte.

3 commentaires sur “ENLÈVEMENT (1)

  1. Quelle terrible histoire… l’homme peut tout posséder mais sans l’Amour, sans ses proches, il n’est rien.
    Très certainement que ce grand oncle aurait préféré mourrir à la place de sa fille…

    Aimé par 1 personne

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