MA SOLITUDE

Je me suis épanchée dans l’article « Différente« , en laissant parler mon coeur sur tout son ressenti.  je vous rappelle que je suis née 10 mois après le décès du 1er enfant de mes parents. Je l’appelais  mon petit frère, et c’est seulement adulte, que j’ai réalisé que c’était mon grand frère et par conséquent j’étais la deuxième de la fratrie et non pas l’aînée comme tout le monde le prétendait. Dans ma construction identitaire, ce travail a été important.

J’ai grandi entourée, mais seule. J’ai été fille unique jusqu’à l’âge de 6 ans. Chez mes parents, il y avait toujours du monde, j’avais beaucoup de cousins et cousines, des amies, mais le soir chacun repartait et je me sentais seule, ou du moins j’avais un manque. Aussi étrange que cela puisse paraître, mon grand frère me manquait alors que je ne l’avais pas connu. Il y avait une espèce de mélancolie en moi. Je rêvais d’avoir un frère ou une soeur et je le répétais souvent à ma mère. Tous,  autour de moi en avaient, un, deux ou même trois.

Un soir d’automne, avant le couvre-feu, ma cousine Claudine me propose d’aller  passer la nuit chez elle. Cela arrivait de temps en temps, donc pour moi c’était quelque chose d’habituel, je ne me posais pas de questions. Je passais la nuit entre mes 2 cousines qui, bien plus âgées que moi, s’amusaient à me faire peur en me racontant des histoires de croque-mitaines. Je restais figée entr’elles, et m’endormais malgré tout.

Dès le matin, Claudine me dit : « nous allons chez toi, je crois que ta mère a eu un bébé ». Je ne réponds pas, je deviens muette. Je marche à côté d’elle. Cette nouvelle me semblait tellement loin de ma réalité. Personne ne m’a dit que maman allait avoir un bébé, même pas elle, ce n’est pas possible. J’ai bien remarqué qu’elle avait un gros ventre et chaque fois que je lui ai demandé « pourquoi tu as un gros ventre maman », elle me répondait « j’ai trop mangé ma fille ». Cette réponse me satisfaisait et je ne cherchais pas plus loin, d’ailleurs je ne connaissais pas grand chose en la matière.

Nous ouvrons le portail, traversons la cour puis nous entrons dans la maison et nous nous dirigeons vers la chambre de mes parents. Je m’arrête à la porte, stupéfaite devant le tableau qui s’offre à moi. Je vois maman couchée, et dans le lit  près d’elle, si près, une tête bien ronde et chevelue, celle d’un bébé. Le médecin et la sage femme sont encore là. Ils y ont passé la nuit, car avec le couvre feu ils n’ont pas pu sortir de la maison après l’accouchement. C’était un couple, Mr et Mme Bardi, je me souviens d’eux. « C’est une fille » me dit-on, « elle est née hier soir à 21h00 » ! Je suis là, je n’ose pas bouger. Je me souviens de ma non-réaction. Moi qui désirais tant avoir une petite soeur, je ne sais pas si j’étais heureuse ou pas. J’ai eu une sensation de trahison. Qu’allais-je partager avec ce petit bébé ? J’étais habituée à partager mes jeux avec des enfants de mon âge, c’est sûrement ça dont je rêvais. J’allais faire 6 ans, j’ai vécu un choc.

Bien sûr, les jours, les mois ont passé et ma petite soeur a pris beaucoup de place dans mon coeur et dans la maison. J’aimais tenir le landau et partir en promenade avec maman. Elle pleurait sans arrêt du matin au soir, sauf lorsqu’elle dormait. Je me souviens qu’un jour quelqu’un de la famille a demandé à ma mère « mais comment fais-tu pour supporter ces pleurs »? « Je ne les entends plus avait répondu ma mère ». Lorsqu’elle avait envie de quelque chose, elle le demandait en pleurant. C’était ainsi,  et chacun s’en était fait une raison. Aujourd’hui nous aurions couru consulter un psy, mais en ces années-là, de plus en pleine guerre, tous les comportements étaient permis.

De caractère plutôt effacé, réservée, toujours dans le soucis de ne pas gêner et de respecter les autres, j’étais à l’opposé de ma petite soeur qui dès qu’elle l’a pu, a essayé de prendre le dessus sur moi. Je me souviens du jour où, de rage elle m’a mordu le ventre me laissant la trace ensanglantée de toutes ses petites dents. Je ne me défendais pas car elle était petite et ce n’était pas dans ma nature. Elle voulait me dominer, mais maman fut ferme et sut la calmer. Elle ne recommença plus.

Quand j’étais enfant, elle était bébé. Quand j’étais adolescente, elle était enfant, ainsi de suite… Malgré tout, et surtout avec les épreuves que nous avons vécues et partagées,  notre amour l’une pour l’autre s’est renforcé au fil des années, jusqu’à devenir des âmes soeurs. Mais un jour, la maladie est arrivée et l’a emportée en me laissant à jamais seule, face à ma peine immense. Elle me manque tant !

 

 

3 commentaires sur “MA SOLITUDE

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