DERNIÈRE LIGNE DROITE

IMG_2573On dit bien que toutes les bonnes choses ont une fin, les mauvaises aussi, heureusement !

Plus rien n’est pareil dans mon pays natal. Plus les jours passent, plus j’entends les adultes parler de notre départ définitif pour la France. Mes parents ont commencé à préparer des affaires, des cartons, des valises.

Un évènement  a décidé mon père à nous rapatrier en France. J’ai n’en ai eu connaissance qu’une fois adulte, par mon oncle Albert qui me la rapporté. Mes parents, pour me protéger, ne m’en ont jamais parlé. Mon père a été choqué, outré, mais surtout, a craint pour ma vie lorsqu’un algérien adulte, plutôt vieux, a osé demander ma main en mariage, je n’avais que dix ans et demi. Cet évènement a accéléré notre départ vers la France.

Pas de temps à perdre.

Maman qui avait un esprit très pratique, a confectionné de grands sacs très solides avec du tissu épais, genre bâche. Ces sacs serviront de valises. Chacun se débrouillait avec les moyens du bord, les magasins étant pour la plupart fermés.

Chaque jour des familles remplissaient des containers qui étaient acheminés jusqu’au port d’Oran pour un aller simple vers la France.

Et puis un jour, arriva notre tour! Mes parents ont pris le stricte minimum. Beaucoup de nos affaires sont restées là-bas, perdues à tout jamais, mes jouets et ceux de ma soeur, des meubles, des vêtements, de la vaisselle, la robe de mariée de maman et ses accessoires, des affaires de mes grands-parents …

Dans mon imagination d’enfant, je pense qu’en France il n’y a pas les délicieux bonbons que j’achète ici dès que j’ai quelques sous en poche. Je décide donc de m’en faire une réserve que  je range dans une grande boîte à chaussures.

Chaque fois que je vais à l’épicerie de Monsieur et Madame Florez, un petit couple  âgé mais très gentil, je reviens avec quelques sucreries que je m’empresse de mettre dans cette boîte. Je la garde précieusement. Souvent je vais l’ouvrir, je suis si tentée de savourer son contenu mais non, je résiste car en France papa n’aura pas de travail donc pas d’argent donc pas de friandises pour moi. L’odeur qui s’en dégage me ravit et je me contente de cela pour l’instant. Pendant cette dernière année, je remplis régulièrement ma boîte à trésors sucrés.

Cette histoire de bonbons s’est mal terminée, hélas!

Tout d’abord, peu après notre départ d’Algérie, le couple d’épiciers d’origine espagnol, sans enfants et qui avaient décidé de rester définitivement en Algérie, a été retrouvé égorgé dans le petit  magasin. Cette nouvelle nous a beaucoup attristée. Nous les aimions tellement!

Ensuite, je n’ai jamais pu déguster mes fameux bonbons, puisque ma petite soeur et sa petite copine du moment, les ont trouvés et s’en s’ont fait un festin. Ce que j’ai ressenti lorsque j’ai découvert la boîte vide, est indicible. J’en ai pleuré et j’ai longtemps souffert de ce vol, je l’ai vécu comme une profonde trahison. Ce ne sont pas uniquement les bonbons que je pleurais mais tout ce qu’elle représentait. C’est la seule chose que j’avais préparé. J’avais décidé de faire durer le souvenir de mon village, en dégustant lentement ces gourmandises pour faire durer ce plaisir dans le temps.

Encore aujourd’hui quand j’y pense, j’ai de la peine pour la petite fille que j’étais et qui avait rempli cette boîte, d’un peu de son pays. Elle ne retrouvera ni ses bonbons, ni son pays.

Je continue mon année de CM2 jusqu’au bout, avec de très bons résultats. Mon passage en 6eme est accepté, sans examen bien sûr. En ce temps là, les bons élèves passaient d’office au collège (que l’on appelait lycée), les moyens passaient obligatoirement un examen qui déterminait leur admission ou pas, les mauvais redoublaient la classe.

Tout devient très compliqué, et pourtant nous sommes si bien chez nous. Cette petite maison que mes parents avaient fait construire dans un quartier populaire de la commune, était notre nid, et nous y accueillions de nombreux invités. Maman cuisinait beaucoup et nous régalait tous, petits et grands. À deux reprises nous avons dû quitter cette maison pour aller au centre ville où nous étions plus en sécurité. J’ai été témoin d’émeutes importantes et violentes C’est le patron de mon père, Monsieur Bour, qui nous offrait un logement, deux pièces, une grande terrasse couverte et une grande cour où papa pouvait garer sa voiture. Médor, notre gentil chien, nous suivait partout.

J’aimais beaucoup le centre, à proximité de la place du village. Avant l’indépendance c’état un village vivant où se produisaient de nombreuses fêtes connues dans toute l’Oranie.

Papa continue à travailler pour Mr Bour, riche colon rentré en France. C’est très risqué de circuler vers la ferme et l’exploitation dont il était le commis (aujourd’hui on dirait directeur ou gérant). Il avait un garde du corps, qui l’accompagnait dans ses déplacements professionnels. Celui-ci était grand, habillé en treillis, et armé jusqu’aux dents. C’était impressionnant pour l’enfant que j’étais. Pourtant ce grand monsieur, Mr Alcaraz, avait un coeur sensible. Je me souviens du jour où maman avait été chez sa belle-soeur, accompagnée de ma petite soeur. Je restais souvent seule. Ce jour là,  papa et son gardien avaint déjeuné avec moi. Juste avant le repas, papa m’avait demandé de prier, c’était important dans ma famille de remercier Dieu pour le repas de chaque jour. j’ai prié en fermant les yeux et j’ai demandé à Dieu de garder mon papa et Mr Alcaraz, de les protéger de toute attaque et je l’ai remercié de l’exaucement de ma prière. Lorsque j’ai ouvert les yeux, le grand monsieur était en larmes, ému et touché. Il s’est levé et est venu me faire un chaleureux bisou en me disant merci.

Beaucoup de questions restaient sans réponse. Où allions-nous vivre en France ? Je savais qu’en arrivant nous serions accueillis par tonton Raymond, le frère de maman qui habitait à Perpignan. Militaire de carrière, il vivait en caserne avec ma tante et mes deux cousines, Marie-Lise et Caroline.

Je savais que mon enfance resterait à tout jamais en Algérie, mon présent dépendait des évènements et des décisions de mes parents, mon avenir était flou, noyé dans le brouillard de mes pensées.

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