Le train de la vie

A la naissance, on monte dans le train et on rencontre nos Parents. On croit qu’ils voyageront toujours avec nous. Pourtant, à une station, nos Parents descendront du train, nous laissant seuls continuer le voyage. Au fur et à mesure que le temps passe, d’autres personnes montent dans le train. Et elles seront importantes : notre fratrie, nos amis, nos enfants, même l’amour de notre vie. Beaucoup démissionneront (même éventuellement l’amour de notre vie), et laisseront un vide plus ou moins grand. D’autres seront si discrets qu’on ne réalisera pas qu’ils ont quitté leurs sièges. Ce voyage en train sera plein de joies, de peines, d’attentes, de bonjours, d’au-revoir et d’adieux. Le succès est d’avoir de bonnes relations avec tous les passagers pourvu qu’on donne le meilleur de nous-mêmes. On ne sait pas à quelle station nous descendrons, donc vivons heureux, aimons et pardonnons. Il est important de le faire car lorsque nous descendrons du train, nous ne devrons laisser que de beaux souvenirs à ceux qui continueront leur voyage. Soyons heureux avec ce que nous avons et remercions le ciel de ce voyage fantastique. Aussi, merci d’être un des passagers de mon train. Et si je dois descendre à la prochaine station, je suis content d’avoir fait un bout de chemin avec vous. Je veux dire à chaque personne qui lira ce texte que je vous remercie d’être dans ma vie et de voyager dans mon train. »

Jean d’Ormesson

Passe le temps

« À peine la journée commencée et il est déjà six heures du soir.

A peine arrivé le lundi et c’est déjà vendredi.

… et le mois est déjà fini.

… et l’année est presque écoulée.

… et déjà 40, 50 ou 60 ans de nos vies sont passés.

… et on se rend compte qu’on a perdu nos parents, des amis.

Et on se rend compte qu’il est trop tard pour revenir en arrière …

Alors, essayons malgré tout, de profiter à fond du temps qu’il nous reste. N’arrêtons pas de chercher à avoir des activités qui nous plaisent. Mettons de la couleur dans notre grisaille. Sourions aux petites choses de la vie qui mettent du baume dans nos cœurs.

Et malgré tout, il nous faut continuer de profiter avec sérénité de ce temps qui nous reste. Essayons d’éliminer les « après » :

Je le fais après …

Je dirai après …

J’y penserai après …

On laisse tout pour plus tard comme si « après » était à nous.

Car ce qu’on ne comprend pas, c’est que :

après, le café se refroidit …

après, les priorités changent …

après, le charme est rompu …

après, la santé passe …

après, les enfants grandissent …

après, les parents vieillissent …

après, les promesses sont oubliées …

après, le jour devient la nuit …

après, la vie se termine …

Et après c’est souvent trop tard….

Alors, ne laissons rien pour plus tard…

Car en attendant toujours à plus tard, nous pouvons perdre les meilleurs moments,

les meilleures expériences,

les meilleurs amis,

la meilleure famille…

les meilleures occasions !

Le jour est aujourd’hui…

L’instant est maintenant…

Nous ne sommes plus à l’âge où nous pouvons nous permettre de reporter à demain ce qui doit être fait tout de suite.

01 janvier 2019

Magnifique journée ensoleillée! Serait-ce un avant-goût de l’année qui va dérouler son tapis devant nous ? Peu importe, je profite de l’instant présent ! Une grande balade en bord de mer, oui toujours la mer…. c’est un rituel chez nous. En principe il fait toujours beau ce jour-là et nous profitons de l’air iodé, du soleil et du spectacle merveilleux que nous offre la nature.

Aujourd’hui, notre fils nous accompagne dans cette aventure vivifiante. C’est un bonheur partagé à trois.

Profiter de l’instant présent, vivre en paix avec moi-même, avec les autres, respirer, vivre, c’est mon désir le plus profond.

DERNIÈRE LIGNE DROITE

IMG_2573On dit bien que toutes les bonnes choses ont une fin, les mauvaises aussi, heureusement !

Plus rien n’est pareil dans mon pays natal. Plus les jours passent, plus j’entends les adultes parler de notre départ définitif pour la France. Mes parents ont commencé à préparer des affaires, des cartons, des valises.

Un évènement  a décidé mon père à nous rapatrier en France. J’ai n’en ai eu connaissance qu’une fois adulte, par mon oncle Albert qui me la rapporté. Mes parents, pour me protéger, ne m’en ont jamais parlé. Mon père a été choqué, outré, mais surtout, a craint pour ma vie lorsqu’un algérien adulte, plutôt vieux, a osé demander ma main en mariage, je n’avais que dix ans et demi. Cet évènement a accéléré notre départ vers la France.

Pas de temps à perdre.

Maman qui avait un esprit très pratique, a confectionné de grands sacs très solides avec du tissu épais, genre bâche. Ces sacs serviront de valises. Chacun se débrouillait avec les moyens du bord, les magasins étant pour la plupart fermés.

Chaque jour des familles remplissaient des containers qui étaient acheminés jusqu’au port d’Oran pour un aller simple vers la France.

Et puis un jour, arriva notre tour! Mes parents ont pris le stricte minimum. Beaucoup de nos affaires sont restées là-bas, perdues à tout jamais, mes jouets et ceux de ma soeur, des meubles, des vêtements, de la vaisselle, la robe de mariée de maman et ses accessoires, des affaires de mes grands-parents …

Dans mon imagination d’enfant, je pense qu’en France il n’y a pas les délicieux bonbons que j’achète ici dès que j’ai quelques sous en poche. Je décide donc de m’en faire une réserve que  je range dans une grande boîte à chaussures.

Chaque fois que je vais à l’épicerie de Monsieur et Madame Florez, un petit couple  âgé mais très gentil, je reviens avec quelques sucreries que je m’empresse de mettre dans cette boîte. Je la garde précieusement. Souvent je vais l’ouvrir, je suis si tentée de savourer son contenu mais non, je résiste car en France papa n’aura pas de travail donc pas d’argent donc pas de friandises pour moi. L’odeur qui s’en dégage me ravit et je me contente de cela pour l’instant. Pendant cette dernière année, je remplis régulièrement ma boîte à trésors sucrés.

Cette histoire de bonbons s’est mal terminée, hélas!

Tout d’abord, peu après notre départ d’Algérie, le couple d’épiciers d’origine espagnol, sans enfants et qui avaient décidé de rester définitivement en Algérie, a été retrouvé égorgé dans le petit  magasin. Cette nouvelle nous a beaucoup attristée. Nous les aimions tellement!

Ensuite, je n’ai jamais pu déguster mes fameux bonbons, puisque ma petite soeur et sa petite copine du moment, les ont trouvés et s’en s’ont fait un festin. Ce que j’ai ressenti lorsque j’ai découvert la boîte vide, est indicible. J’en ai pleuré et j’ai longtemps souffert de ce vol, je l’ai vécu comme une profonde trahison. Ce ne sont pas uniquement les bonbons que je pleurais mais tout ce qu’elle représentait. C’est la seule chose que j’avais préparé. J’avais décidé de faire durer le souvenir de mon village, en dégustant lentement ces gourmandises pour faire durer ce plaisir dans le temps.

Encore aujourd’hui quand j’y pense, j’ai de la peine pour la petite fille que j’étais et qui avait rempli cette boîte, d’un peu de son pays. Elle ne retrouvera ni ses bonbons, ni son pays.

Je continue mon année de CM2 jusqu’au bout, avec de très bons résultats. Mon passage en 6eme est accepté, sans examen bien sûr. En ce temps là, les bons élèves passaient d’office au collège (que l’on appelait lycée), les moyens passaient obligatoirement un examen qui déterminait leur admission ou pas, les mauvais redoublaient la classe.

Tout devient très compliqué, et pourtant nous sommes si bien chez nous. Cette petite maison que mes parents avaient fait construire dans un quartier populaire de la commune, était notre nid, et nous y accueillions de nombreux invités. Maman cuisinait beaucoup et nous régalait tous, petits et grands. À deux reprises nous avons dû quitter cette maison pour aller au centre ville où nous étions plus en sécurité. J’ai été témoin d’émeutes importantes et violentes C’est le patron de mon père, Monsieur Bour, qui nous offrait un logement, deux pièces, une grande terrasse couverte et une grande cour où papa pouvait garer sa voiture. Médor, notre gentil chien, nous suivait partout.

J’aimais beaucoup le centre, à proximité de la place du village. Avant l’indépendance c’état un village vivant où se produisaient de nombreuses fêtes connues dans toute l’Oranie.

Papa continue à travailler pour Mr Bour, riche colon rentré en France. C’est très risqué de circuler vers la ferme et l’exploitation dont il était le commis (aujourd’hui on dirait directeur ou gérant). Il avait un garde du corps, qui l’accompagnait dans ses déplacements professionnels. Celui-ci était grand, habillé en treillis, et armé jusqu’aux dents. C’était impressionnant pour l’enfant que j’étais. Pourtant ce grand monsieur, Mr Alcaraz, avait un coeur sensible. Je me souviens du jour où maman avait été chez sa belle-soeur, accompagnée de ma petite soeur. Je restais souvent seule. Ce jour là,  papa et son gardien avaint déjeuné avec moi. Juste avant le repas, papa m’avait demandé de prier, c’était important dans ma famille de remercier Dieu pour le repas de chaque jour. j’ai prié en fermant les yeux et j’ai demandé à Dieu de garder mon papa et Mr Alcaraz, de les protéger de toute attaque et je l’ai remercié de l’exaucement de ma prière. Lorsque j’ai ouvert les yeux, le grand monsieur était en larmes, ému et touché. Il s’est levé et est venu me faire un chaleureux bisou en me disant merci.

Beaucoup de questions restaient sans réponse. Où allions-nous vivre en France ? Je savais qu’en arrivant nous serions accueillis par tonton Raymond, le frère de maman qui habitait à Perpignan. Militaire de carrière, il vivait en caserne avec ma tante et mes deux cousines, Marie-Lise et Caroline.

Je savais que mon enfance resterait à tout jamais en Algérie, mon présent dépendait des évènements et des décisions de mes parents, mon avenir était flou, noyé dans le brouillard de mes pensées.

S’ENTRAIDER, S’ENTR’AIMER

Je n’ai pas de mode d’emploi face à une personne blessée.

Chacun est unique, chaque blessure est unique aussi. Mais étant moi-même un blessé qui ai la chance d’être accompagné, je peux simplement partager mon expérience.

Quand je suis amené à rencontrer quelqu’un de blessé dans sa mémoire, dans son corps, dans son coeur, je me force à l’écouter avec beaucoup d’attention. Je ne le coupe pas dans son récit sauf si je n’ai pas bien entendu une phrase, car un récit dérangé peut provoquer une fermeture. Je retiens tout ce qui peut être positif pour le souligner lorsqu’il me demandera mon avis. Souvent, en agissant ainsi, en étant tout écoute, les bouchons de blocage s’entrouvrent un petit peu. En acceptant d’accompagner l’autre avec beaucoup de délicatesse, je ne vais que jusqu’où il me permet d’aller, pas plus loin.

Quelqu’un de blessé, c’est comme un champ de mines. Il faut accepter son rythme. Un pas après l’autre.

Pour aider la personne blessée, il faut aussi accepter d’être aidé par elle. Si vous savez la remercier pour ce qu’elle vous apporte, elle pourra oser faire appel un jour à votre aide.

Aider, c’est souvent s’accompagner soi-même.

Aider les autres, c’est accompagner en acceptant de ne pas tout comprendre.”