NOS SOUPIRS

Avancer envers et contre tout, voilà l’exemple que j’ai reçu de mes parents.

Pourtant j’ai eu  l’impression  de faire du sur place dans les périodes les plus sombres, quand le deuil et la tristesse ont frappé à ma porte. J’étais spectatrice de ma vie, comme paralysée. Le reste du monde s’agitait autour de moi et je restais là, immobile, sans vie ni envie. Cette sensation que tout va très vite autour de soi, je l’ai ressentie.

Ces moments étant derrière moi, je pense à ma mère qui a eu tant de deuils et de combats dans la vie…. Elle est toujours restée digne, sereine et pourtant je l’entendais souvent lancer un long soupir. Je la regardais discrètement, et je la voyais plongée dans ses pensées.

Qu’as-tu maman ? Rien du tout ma fille…

À quoi, à qui pensait-elle?

– À son père décédé à 51 ans alors qu’elle en avait 18. Un accident à cheval dont on ne saura jamais s’il a eu une crise cardiaque et est tombé du cheval, ou s’il est tombé du cheval fougueux et est mort du coup.

– À sa maman décédée à 54 ans alors qu’elle en avait 23. Cette maman qu’elle adorait et dont elle s’était promis de vivre avec elle et s’en occuper jusqu’à ces très vieux jours. Décédée d’une éventration. Pauvre Grand-mère, elle avait eu 4 enfants en 4 ans 4 mois et 4 jours.

– À son premier bébé décédé

– À sa sœur chérie décédée à 35 ans, laissant 3 enfants de 15, 10 et 5 ans. On pense qu’elle a eu une leucémie.

– À son frère décédé à 42 ans, suite à un enlèvement qui a duré 7 mois. Retrouvé enterré.

-À sa maison, son pays natal, son chien, ses meubles, ses morts, laissés là bas, à tout jamais, de l’autre côté de la Méditerranée

– À nos 3 premières années en France où en plus du déracinement et du chagrin, 2 accidents nous ont terrassés. D’abord mon père dont le tracteur s’est renversé. Sa tête a cogné un muret en béton et l’a plongé dans un coma profond . Du sang coulait de sa bouche. Tout s’est passé devant ma mère et moi. Je l’ai vu partir à l’arrière d’une 2CV camionnette, mort. Lorsque la voiture s’est éloignée, je suis tombée à genoux dans la grange et j’ai prié  » Seigneur ne m’enlève pas mon papa ». J’avais 12 ans. Cétait au mois de mai.

– À son accident de voiture début août de la même année. Mon père venait tout juste de sortir de l’hôpital, il était en convalescence. Très amaigri, affaibli et méconnaissable, il se déplaçait avec une canne. Il avait encore un œil tout noir. Mes parents m’avait envoyé en colonie de vacances dans les Alpes, pour me sortir de cette ambiance de malheur, mais j’aurais tant aimé rester auprès eux. Nous avions déjà été trop souvent séparés. La colo a duré 40 jours. Ma mère m’écrivait beaucoup. Dans sa dernière lettre elle me dit que le dimanche avant mon retour, ils allaient dans l’Ariège voir la sœur de mon père. Ils faisaient le voyage avec mon oncle François ( frère de mon père), sa femme et ma petite sœur. C’est bizarre, mais en lisant ces lignes, je me suis dit « pourvu qu’ils n’aient pas d’accident « . Alors qu’ils étaient en chemin, en plein centre de Carcassonne, une voiture est sortie à vive allure du parking qui longeait la route, pour rentrer dans le garage qui était de l’autre côté de la voie. Le comble de tout cela et heureusement d’ailleurs, c’était une ambulance dont le chauffeur avait terminé sa tournée de nuit et allait mettre le véhicule à l’abri avec les autres. Au moment où elle s’est élancée, le véhicule de mes proches passait et reçut un tel choc que les 2 portières droites furent arrachées en broyant le tibia et le péroné de ma mère qui était à l’arrière. Les ambulances étaient sur place et elle fut immédiatement prise en charge et transportée dans une grande clinique pour y être opérée. Pendant l’intervention le chirurgien est sorti voir mon père pour lui annoncer qu’il tentait l’impossible mais que s’il n’y arrivait pas, il serait obligé de l’amputer. Comme moi dans la grange, mon père pria. Mes parents avait une foi sans faille. C’était le secret de leur force dans l’adversité. Deux trois jours après je revins de colo, en train, jusqu’à Narbonne où mes parents devaient me récupérer. Quelle ne fut pas ma surprise de ne voir que mon père ! J’ai ressenti au fond de moi une petite angoisse. Je me suis jetée dans les bras de papa. Où est maman? Elle se repose, on a de la famille à la maison et c’était vrai, tout le monde était là pour le soutenir et s’occuper de ma petite sœur qui n’avait que 6 ans. Vous avez eu un accident, j’en suis sûre ! Nous roulions vers la maison. Après un long silence il me répond  » maman est à l’hôpital, oui nous avons eu un accident ». C’était environ 21h. Ma mère était hospitalisée à 50kms. À partir ce cette seconde je n’eus plus qu’une envie, c’est d’aller voir ma maman et que la nuit passe vite pour être au lendemain. J’étais désespérée .

– À d’autres soucis dont je n’ai pas eu connaissance, peut-être.

Aujourd’hui c »est à mon tour de soupirer profondément. Mon esprit s’éclaire et je comprends tellement ma mère…

Mes parents ont influencé ma vie, non pas par leurs paroles mais par leur exemple.

.

UN PEU PLUS DE MOI

Jusqu’à ce jour, je n’ai écrit que sur mon enfance et le sujet est loin d’être clos. Plus tard je parlerai de ce que je fais aujourd’hui, qui je suis, les gens que j’aime et ceux qui me touchent. Mes passions, mes convictions, mes croyances, mes engagements, vous seront racontés petit à petit, avec à l’appui une histoire de vie à chaque fois.

Ma vie est riche en relations humaines. J’aime aimer, donner, accompagner, conseiller.

Je préserverai l’anonymat des personnes qui m’ont marquées . Tout est vrai et réellement vécu.

Pourquoi ce blog ? Tout d’abord pour mes enfants. Avec eux je profite de l’instant présent, je ne veux rien rater. Je sais que la vie est fragile. S’ils me posent des questions j’y réponds mais je ne veux pas les charger des fardeaux de mon passé. J’ai une malle pleine d’écrits, feuilles volantes, cahiers, carnets, et plein de post-its. J’écris depuis toujours, des poèmes, des récits… J’ai posé beaucoup de questions à ma mère et ainsi j’ai pu mettre sur papier l’ histoire de ma famille. Cela m’a permis de compléter ma généalogie et de connaître mes racines. Je ne me suis pas encore replongée dans ces écrits. Dans les moments les plus sombres de ma vie, l’encre m’a permis de crier ce que ma voix ne pouvait pas…

Je suis maman de trois enfants que j’ai désiré et que j’aime du plus profond de mon être. Ils sont ma fierté et ma plus grande réussite. Avec le temps je me suis rendue compte que tout le reste, ascension professionnelle et biens matériels ne faisaient pas le poids par rapport aux sentiments et aux relations. Je préfère l’être que l’avoir, l’être que le paraître. Ne vous trompez pas, je suis normale, je vis dans une chouette maison, j’ai une voiture, un smartphone (lol), je vis avec mon temps. Comme dans l’article « différente » écrit précédemment, je dirai que je me sens toujours différente, mais maintenant c’est par rapport aux femmes de mon âge. Enfant je me sentais adulte, maintenant je me sens jeune. Je ne parle pas du physique mais du mental. Cela me permet de communiquer aisément avec mes enfants et mes quatre petites-filles. Quel bonheur d’être mamie ! Snapchat, Instagram, fb, whatsapp, Twitter, YouTube, je maîtrise car j’aime apprendre et je suis curieuse dans le bon sens du terme. Mais je préfère malgré tout, voir mes enfants et petits-enfants, partager des moments de bonheur, des bisous et des câlins.

Je suis passionnée de biographies. La vie des autres m’intéresse et souvent m’éblouit. Ce que j’aime par dessus tout, c’est découvrir les ressources de chacun à s’en sortir quelque soit la situation.

J’ai eu des joies, j’ai eu des peines, des réussites et des échecs. Je sais par expérience qu’il y a toujours pire que soi et je suis reconnaissante de pouvoir transmettre à mes enfants et petits-enfants les valeurs qui ont fait et qui font ma force, la foi et l’amour du prochain.

DIFFÉRENTE

Je me suis toujours sentie  mûre pour mon âge. Différente des autres enfants, comme si j’étais née sans insouciance et préoccupée par les problèmes d’adultes. Il faut dire que j’ai été confrontée à la mort dès ma conception. Ma mère venait de perdre son premier enfant qui avait deux mois et demi. Je suis née dix mois après son décès. Cela faisait très peu de temps que ce petit garçon, mon frère, avait laissé la chaleur du ventre de maman lorsque j’y ai pris place. Aussi loin que  ma mémoire me laisse aller ( entre deux et trois ans), je me souviens que ma mère était en deuil, même si mon arrivée dans ce monde a été pour elle un grand bonheur.

J’avais à peine deux ans lorsque les premiers attentats ont éclaté en Algérie et j’ai vécu mon premier déménagement. Nous vivions heureux à la campagne, et nous avons dû aller nous installer en ville, à Rio-Salado ! Enfin c’était plutôt un village, magnifique, traversé par une route bordée de palmiers. J’y suis restée jusqu’à mon départ pour la France.

La guerre était donc déclarée, et je garde le souvenir de longs convois  militaires qui traversaient Rio. Émeutes, bombes, couvre-feu, tirs,  les bruits résonnent encore en moi.

J’étais à l’affût de toute information.  Au cours des repas de famille, les adultes parlaient entre eux et les enfants chahutaient en profitant du sérieux des grands pour se défouler. Quand l’un d’eux essayait de me solliciter je le repoussait du coude en lui disant « tais toi j’écoute ». Je saisissais la gravité des événements.  j’y apprenais qu’untel était pris en otage, un autre décédé, d’un côté comme de l’autre. Lorsque les parents se rendaient compte que j’écoutais, ils changeaient de langue. Ils commençaient leurs conversations en français, continuaient en espagnol pour finir en arabe. Cela m’a permis de comprendre les trois langues et même aujourd’hui je n’ai rien oublié. Depuis ma naissance j’ai été confrontée aux problèmes d’adultes et j’y étais sensible. J’ai toujours gardé le souci des autres. Ce trait de caractère je le dois en partie à ma mère, et j’en suis reconnaissante.IMG_2573

Rio-Salado place du village. J’habitais tout près. Je traversais cette place tous les jours, pour me rendre à l’école.

Introduction

Résumer ma vie à une image ou à une page, serait impossible. J’ai l’impression d’avoir vécu des vies. De mon enfance en Algérie, mon adolescence dans le Roussillon puis le Languedoc, ma vie de jeune adulte en région parisienne puis mon installation près de Marseille, je ne suis chez moi nulle part. Déracinement, séparations, blessures, joies et bonheurs ont fait de moi ce que je suis aujourd’hui.